Lundi 15 octobre 2007
1
15
/10
/Oct
/2007
15:13
Curieux parti que le nôtre où bon nombre de ses responsables ou ex-dirigeants éprouvent le besoin de faire leur critique sur le dos des autres. Une sorte de grande lessive où chacun espère sortir plus blanc que son voisin. Ainsi, en est-il du dernier livre de Lionel Jospin « L’impasse » où l’on s’étonne de le voir passer au crible, d’un ton vengeur et sans circonstances atténuantes, toutes les phases essentielles de la campagne de Ségolène Royal. Comme si elle lui avait ravi son « désir d’avenir ». Sans se rendre compte que l’on pourrait lui retourner ce constat : « La raison fondamentale de son échec réside en elle-même. Il tient à sa personnalité. Il était inscrit dans ses choix politiques ».
Car son échec, à lui, en 2002, avec son élimination dès le premier tour au profit de la poussée Le Peniste et Chiraquienne, est bien dû en grande partie à ses fautes personnelles. Trop sûr de lui, en effet, déclarant inutilement Chirac « trop vieux » ; ne prêtant plus aucune attention aux rumeurs de la rue, aux revendications, la tête dans le guidon de son action de Premier ministre, n’ayant pas de temps à perdre à faire une campagne de premier tour, à ses yeux gagnée d’avance, malgré les conséquences de son erreur de casting, avec son ami Allègre, sur le monde enseignant ; sous-estimant les failles de son propre camp, pensant inutile de s’attarder à produire son image et se déclarant impuissant à régler les « délocalisations » fatalité économique de notre temps,... il espérait quand même gagner. Et cela, malgré un bilan qui était loin d’être négatif et dont il ne sut pas tirer profit. Si expert soit-il. Quel gâchis !
Après cela, que viennent faire ses leçons à Ségolène Royal qui est montée en ligne profitant des paralysies et rivalités entretenues par François Hollande, et de l’impuissance de ses compétiteurs à convaincre les militants qu’ils étaient plus aptes qu’elle à gagner l’élection présidentielle. Le résultat, tout le monde le connaît : les faiblesses de sa préparation, ajoutées à des erreurs de comportement, le temps perdu à vouloir mettre la France en réunions participatives alors que l’heure était à l’annonce du cap et des buts essentiels ; les propos sexistes, les divisions et les freins liés aux lendemains des « primaires », sont autant de raisons qui expliquent cet échec.
Mais, comme on aurait aimé que le Lionel Jospin, qui voit si clair aujourd’hui, n’ait pas laissé aux jeunes générations l’impression d’un capitaine qui a quitté le bateau en pleine tempête. Comme on aurait aimé qu’il aide plus concrètement son parti à analyser en profondeur l’échec de 2002 et à mieux le préparer à la présidentielle de 2007 plutôt que d’apparaître toujours en censeur nostalgique d’un éternel retour. Car, enfin, qui a tenté de regagner l’opinion et celle des jeunes en particulier si ce n’est Ségolène Royal. Qui a tenté de faire bouger les lignes en disant qu’il était possible de passer progressivement d’une économie de marché capitaliste à un économie sociale de développement durable, en évoquant la nécessité de nouveaux rapports au sein des entreprises ? Les salariés étant, eux aussi, par leur travail créateurs de leur entreprise et de sa prospérité. Qui a osé dire que l’application dogmatique des 35 heures avait été une erreur ? Qu’il aurait fallu laisser les salariés libres de gagner plus ou de préférer du temps libre, se souvenant de ce que disait Paul Eluard : « Laissez-moi donc juger de ce qui m’aide à vivre ».
Et maintenant que faire ? Observons d’abord, quoi qu’en pensent certains, que Ségolène Royal, présente, elle, au second tour, avec 47% et 17 millions d’électeurs, a plutôt contribué à relever le drapeau de la Gauche de 2002. Mais reste désormais à cette gauche, et particulièrement celle que représente notre parti, à vérifier les armes de son combat. A faire en profondeur la critique de ce que François Furet appelait « Les feuilles mortes de l’utopie ». A savoir : cesser d’entretenir l’espoir messianique d’un socialisme d’état avec une économie coupée du reste du monde dont l’effondrement du Stalinisme et symboliquement du mur de Berlin a sonné le glas ; refuser de faire de nos valeurs un dogme mais un guide pour l’action et la négociation ; ne pas partager le peuple en peuple de gauche et de droite, mais le prendre dans toute sa complexité en utilisant ses richesses et différences au profit de l’intérêt général. Bref, ouvrir le grand angle de la mouvance de l’opinion et du politique en évitant de tomber dans l’illusion d’un PC qui continue de se prendre pour le seul vrai représentant de la classe ouvrière avec moins de 3% de l’électorat. Ou de notre parti qui se laisse influencer par une sociologie qui relève plus de l’expérience et des revendications des classes moyennes du secteur public que de celles du secteur privé et du monde ouvrier. Et, plutôt que de subir l’inévitable mondialisation, réfléchir à la manière de se l’approprier en la socialisant et maîtrisant.
Mais, dans l’immédiat, tout en faisant en profondeur ce travail de réflexion, il nous faut veiller à ne pas laisser l’opinion s’égarer sur les chemins des réformes Sarkosyennes qui, si utiles qu’elles puissent apparaître parfois, telle celles de l’université ou des retraites, n’en sont moins dictées par les tenants du grand capital. Ceux qui trouvent normal de recevoir des cadeaux fiscaux à la hauteur de 15 milliards, et de n’en rien faire pour le pays, mais qui trouvent insupportable de voir perdurer des régimes spéciaux dont l’origine est surtout liée aux pénibilités du travail. De veiller aussi à ne pas se laisser illusionner par « une politique de l’ouverture » dont on découvre, petit à petit, qu’elle a surtout pour but d’accentuer les divisions de notre parti et de troubler et égarer l’électorat de gauche afin de mieux gagner les prochaines élections.
Ceux qui pensent que le combat « droite gauche » serait fini, se trompent. Il ne se présente plus frontalement, en terme de luttes de classe. Mais il demeure, au niveau des idées et de l’action, celui de notre héritage. Celui qui inspire les réformes et l’importance du sociale et du développement durable dans l’économie de marché. Car les chefs d’entreprise, si utiles soient-ils, sont avant tout dans l’urgence de la concurrence, du court terme et des marges bénéficiaires. Cette approche qui est par excellence celle de la droite au pouvoir, au point d’en avoir la déformation quand elle exige, par exemple, que le secteur public soit aussi « rentable » que le secteur privé. Confondant profit avec intérêt général et service efficace.
Cette période d’interrogation et de refondation ne doit pas nous faire perdre de vue que l’avenir du socialisme demeure toujours le même : Celui d’une humanité qui cherche à concilier justice sociale et intérêts particuliers. En demeurant réaliste, sans dogmes et œillères. En évitant de prendre nos engagements militants pour ceux de toute la France. Quand ce n’est pas du monde. Car se serait bien un comble que de voir « les premiers de cordée » se prendre pour la montagne.
Jacques-Adrien Perret, Section du 20ème
Commentaires